École Méliès

Table ronde au Sénat avec Franck Petitta : « La tourmente de l'industrie de l'animation en France »

Franck Petitta lors de la table ronde au Sénat
Franck Petitta au Sénat. Source : videos.senat.fr

Alors que l'animation française rayonne à l'international, ses coulisses révèlent une réalité plus complexe. Ce mercredi 7 janvier, le Sénat a ouvert ses portes aux acteurs de la filière pour une audition vérité.

C’est un paradoxe inquiétant qui a réuni la Commission de la culture, présidée par Laurent Lafon, et les représentants de l’industrie audiovisuelle. Comment une filière d'excellence, reconnue mondialement pour la qualité de ses productions et de sa formation, peut-elle se retrouver heurtée de plein fouet par la crise globale du secteur ?

L'École Méliès porte la voix de la formation

Au cœur de ces échanges stratégiques, Franck Petitta, fondateur et directeur de l'École Méliès, a été invité à témoigner. Sa présence au Palais du Luxembourg marque une étape importante pour la reconnaissance des enjeux liés à l'enseignement et à l'insertion professionnelle.

L’industrie française de l’animation subit, comme celle de nombreux pays, la crise globale du secteur. Il est urgent d'adapter nos modèles.

En tant qu'acteur de terrain, Franck Petitta a pu exposer aux sénateurs les défis concrets auxquels sont confrontés les futurs talents et la nécessité de préserver le modèle français de transmission des savoirs, véritable clé de voûte de notre exception culturelle.

Cette table ronde a permis de dresser un état des lieux lucide, sans occulter les difficultés, mais avec la volonté ferme de trouver des leviers politiques et économiques pour soutenir l'animation française dans cette période de turbulences.

Table ronde au Sénat avec Franck Petitta : « La tourmente de l'industrie de l'animation en France »

Franck Petitta lors de la table ronde au Sénat
Franck Petitta au Sénat. Source : videos.senat.fr

3ème producteur mondial, 2ème exportateur : si l'animation française rayonne par son excellence, elle traverse une crise structurelle majeure. Ce 7 janvier, les poids lourds du secteur, dont Franck Petitta, ont alerté le Sénat sur l'urgence d'agir.

La liste des invités présents au Palais du Luxembourg témoigne de la gravité de la situation. Autour de Samuel Kaminka (AnimFrance), on retrouvait des figures emblématiques comme Marc du Pontavice (Xilam, Oggy et les Cafards), Hervé Dupont (Fortiche, Arcane) et Valérie Moati (Gobelins).

Le constat dressé est sans appel : malgré la réussite critique, le secteur subit une baisse de 16% des heures travaillées. Une chute brutale causée par le retrait des investissements des plateformes américaines et la migration des audiences vers YouTube, qui capte la valeur sans financer la création.

Des revendications vitales pour la survie

Face à la Commission de la culture présidée par Laurent Lafon, les acteurs de la filière ont martelé que le modèle français, basé sur une co-construction public-privé, est en danger. La dépendance à France Télévisions, qui représente 50% des commandes du secteur, rend chaque arbitrage budgétaire critique.

Les producteurs réclament notamment une réforme urgente du crédit d'impôt, dont le plafond datant de 2005 est devenu obsolète face aux coûts de production des œuvres premium qui font notre renommée internationale.

Formation et IA : l'alerte de Franck Petitta

Au cœur de ces enjeux économiques, Franck Petitta, fondateur et directeur de l'École Méliès, a porté la voix de la relève. Alors que l'intelligence artificielle inquiète par sa capacité de "chalutage" des œuvres protégées, il a insisté sur le risque de voir l'IA remplacer l'artisanat, menaçant directement l'insertion professionnelle des jeunes diplômés.

Les jeunes générations sont dans l'incertitude complète de leur avenir. La tourmente dans laquelle elles se trouvent aujourd'hui me touche particulièrement.

Rejoignant le constat de ses homologues, il a plaidé pour une formation qui privilégie les créateurs aux simples opérateurs. Pour Franck Petitta, l'enjeu est de préserver une « intelligence artisanale » face à l'automatisation, garantissant que les étudiants restent des auteurs maîtres de leurs outils et non l'inverse.

Cette table ronde aura permis de mettre en lumière la fragilité d'un secteur pourtant stratégique pour le "soft power" français. Reste désormais à savoir si cet appel à l'aide sera suivi d'effets législatifs concrets.

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