Table ronde au Sénat avec Franck Petitta : « La tourmente de l'industrie de l'animation en France »
Troisième producteur mondial, deuxième exportateur : si l'animation française rayonne par son excellence, elle traverse une crise structurelle majeure. Ce 7 janvier, les poids lourds du secteur, dont Franck Petitta, fondateur et directeur de l'École Méliès, ont alerté le Sénat sur l'urgence d'agir.
La liste des invités présents au Palais du Luxembourg témoigne de la gravité de la situation. Autour de Samuel Kaminka (Président du Syndicat Anim France), on retrouvait des figures emblématiques comme Marc du Pontavice (Directeur général de Xilam - Oggy et les Cafards), Hervé Dupont (Directeur général délégué de Fortiche Production - Arcane) et Valérie Moati (Directrice générale de l’école Gobelins Paris - Chambre de commerce Paris).
Le constat dressé est sans appel : malgré la réussite critique, le secteur subit une baisse de 16% des heures travaillées. Une chute brutale causée par le retrait des investissements des plateformes américaines et la migration des audiences vers YouTube, qui capte la valeur sans financer la création.
Des revendications vitales pour la survie
Face à la Commission de la culture présidée par Laurent Lafon, les acteurs de la filière ont martelé que le modèle français, basé sur une co-construction public-privé, est en danger. La dépendance à France Télévisions, « qui représente 50% des commandes de l’industrie », rend chaque arbitrage budgétaire critique.
Les producteurs réclament notamment une réforme urgente du crédit d'impôt, dont le plafond datant de 2005 est devenu obsolète face aux coûts de production des œuvres premium qui font notre renommée internationale.
Formation et IA : l'alerte de Franck Petitta
Au cœur de ces enjeux économiques, Franck Petitta a porté la voix de la relève. Alors que l'intelligence artificielle inquiète par sa capacité d'aspirer massivement et sans autorisation des œuvres protégées, il a insisté sur le risque de voir l'IA remplacer l'artisanat, menaçant directement l'insertion professionnelle des jeunes diplômés.
Rejoignant le constat de ses homologues, il a plaidé pour une formation qui privilégie les créateurs aux simples opérateurs. Pour Franck Petitta, l'enjeu est de préserver une « intelligence artisanale » face à l'automatisation, garantissant que les étudiants restent des créateurs maîtres de leurs outils et non l'inverse.
Cette table ronde aura permis de mettre en lumière la fragilité d'un secteur pourtant stratégique pour le "soft power" français. Reste désormais à savoir si cet appel à l'aide sera suivi d'effets législatifs concrets.
